Lettres envoyées avant 1999
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LETTRES AVANT 1999
• Bruxelles, 31 août 1992
• Montréal, 2 octobre 1992
• Lougsi, 21 février 1997
• Lougsi, 4 août 1997
• Lougsi, 21 janvier 1998

LETTRES EN 1999
LETTRES APRÈS 1999
DERNIERS MESSAGES
Livre d’or

 

 

 

 

 

 

Bruxelles, 31 août 1992

Dédicace
À Marie-Nicole


Le poème ci-dessous, Comme une perle rare, fut commencé, il y a bientôt quinze ans. Depuis il est rebâti sans cesse. Le voici de nouveau désarticulé et reconstruit, grâce à toi. Le 17 août dernier, au sommet d'un volcan éteint d'Auvergne, le puy de la Louchardière, il a mijoté, avec toi dans ma tête et mon cœur.

Cadeau.

Ou plutôt non, je ne te le donne pas, je te le confie. À bien y penser, c'est plutôt toi qui me l'offres. Tu y reconnaîtras tes pensées mêlées aux miennes.

Ne cherche pas la vérité dans ce poème. Il ne dit pas la vérité. Paroles éparses et emmêlées aussi dérisoires que le fil de l'araignée emportée par le vent. Il ne dit pas la vérité, mais c'est la Vérité. Hymne à la joie, mais aussi, communion à toute la souffrance du monde. Poème effacé puis réécrit, mis à bas puis reconstruit, blessé à mort puis rappelé à la vie. Poème qui est toute ma vie. Non, qui est toute la Vie. Et pourtant, à chaque réécriture, il me faut mourir à mes propres paroles pour renaître sans cesse. Poème jamais terminé ; puisqu'il tente d'exprimer I'inexprimable, de communiquer l'incommunicable; puisqu'il traduit l'expérience de la solitude, mais aussi celle de la chaude et douce interdépendance humaine, comme tu le dis si bien.

Et c'est vrai, ce jour d'été, sur le volcan, personne. Et pourtant quelle communion avec l'univers et avec toi, comme les milliards d'hommes et de femmes qui ont vécu avant nous ! Paysage grandiose sous le soleil brûlant: la chaîne des volcans déployée dans le proche et le lointain. Et tout près, bruyères, genêts, petites fleurs de toutes les couleurs, parfum des herbes, cailloux rouges, rideaux de hêtres à peine effleurés par le vent. Univers plein de vie. Un lézard s'approche. Fourmis, sauterelles, abeilles, papillons, libellules, mouches diverses. Au loin, dans une prairie nichée entre les volcans, de minuscules vaches broutent.

Devant cet univers proche et lointain, avec cette communion aux êtres et aux choses, cette calme solitude et pourtant ta présence; comment ne pas se sentir responsable de cette planète ? Comment ne pas noter des résolutions pour I'année à venir ?

Dans mon sac, les extraits choisis du livre « Milena » prêté par Christine. Lus et relus. Milena qui ressemble à Christine. En voici deux:
Milena, dans le camp de concentration, avait eu un accès de fureur aussi inhabituel qu'incompréhensible. Son amie lui en demande la raison. La réponse de Milena la fit trembler: « J'ai eu tout d'un coup l'impression que nous étions déjà comme la plupart des gens qui ne font que parler chacun pour soi, comme s'il y avait un mur entre eux. Rien de ce qu'ils disent n'atteint le cœur de l'autre. »

L'autre extrait :
Milena écrivit un jour : « Lorsqu'on a deux ou trois personnes, que dis-je, lorsqu'on a une seule personne avec laquelle on peut se montrer faible, misérable, rabougri, et qui, pour autant, ne vous fera pas souffrir, alors on est riche. L'indulgence, on ne peut l'exiger que de celui ou celle qui vous aime, mais jamais d’autres gens et surtout jamais de soi-même. »

À la tombée du jour, descente de la montagne. À mi-pente, un petit berger conduit les moutons à la bergerie. Puis, cadeau du ciel : en quelques instants, le soleil se couche dans un flamboiement qui fait penser à celui qui embrasait les volcans il y a quelques milliers d'années.

Flamboie le ciel, flamboie la terre, flamboie le cœur.

Flamboie pour toi...

COMME UNE PERLE RARE

Elle ouvrait le chemin devant son disciple.

— Eh bien, dit-elle
dis-moi
que sais-tu au sujet
de la communication ?
— La communication fredonne le disciple c'est
comme une perle rare
une attention reçue
une attention donnée.
Communiquer
c'est quand tu comptes pour les autres
et que les autres comptent pour toi.
Communiquer
c'est
cheminer dans les étoiles
quand pourtant
tu t'arraches la semelle de la boue du chemin.
Chercher dans chacun la beauté et les forces de la vie
quand pourtant
tu as peur de la souffrance constamment exprimée.
Te souvenir de tes racines et rester toi-même
quand pourtant tu acceptes
que même le plus oublié et le plus exclu
te transforment.
Aller au-delà des pauvres paroles
jusqu'au plus profond de la pensée de l'autre
et pourtant
ne pas mentir ne pas trahir.
Communiquer
c'est
ouvrir des portes dilater des âmes
aller jusqu'au bout de soi-même
pour aller jusqu'au bout de l'autre.
Communiquer
c'est
communier
mettre en commun
écouter battre le cœur du monde
et tenir
son cœur au même rythme.
Quand
dans une ville anonyme
deux cœurs battent en mesure
la cité tout entière
retentit de leurs coups.
Quand
sur une planète quelconque
plus d'un milliard de cœurs
battent à la même cadence
le cosmos tout entier
résonne de joie résonne.
Communiquer
c'est
accueillir
cueillir fil après fil
tisser
la toile
qui permet
à la communauté d'exister.
— Peux-tu maîtriser tout cela ?
C'est difficile
il faut
des instruments de mesure
et dérouler
le fil
de la communication.
— Te rends-tu compte
qu'il serait plus facile de démêler
le fil
d'une toile d'araignée
emportée par le vent?
— Je m'en rends compte.
— Connais tu
lui dit-elle
l'histoire de ce sage ?
Au printemps de la vie
il s'était fixé
l'objectif
de démêler une telle toile.
Jour après jour
année après année
il en défit tous les nœuds.
Vingt fois cent fois mille fois
il fut tenté d'abandonner son ouvrage.
Jamais il ne se découragea
même sur le tard
quand ses yeux le trahirent
quand ses doigts s'engourdirent.
Chaque heure chaque minute
il ne pensait
qu'au but
à atteindre.
Au terme de sa vie
il arrive à ses fins.
Miracle
tout est déroulé
le fil est lisse et droit
il en voit le début et la fin.
La foule se presse
pour admirer la merveille.
Mais lui
de cet instant si attendu
de ce bonheur si espéré
il ne peut même pas
en jouir
une seconde.
Le fil de sa vie est démêlé
la connaissance lui est enfin donnée
il sait maintenant
ce qui s'est passé
pendant toutes ces années.
Les faibles étaient exploités
et il n'a rien empêché.
Les exclus avaient faim
de pain de beauté d'art de poésie
et il ne les a pas rassasiés.
Un petit lui a dessiné une fleur
et il ne s'est pas émerveillé.
Un pauvre a voulu l'instruire
et il n'a rien appris.
Des gouvernants ont déclaré la guerre
à leur propre peuple
et il ne s'est pas indigné.
Un enfant a été arraché à sa mère
et il n'a pas tenté de le retrouver.
Le père a été bafoué le fils humilié l'esprit insulté
et il ne les a pas libérés.
Le fil de sa vie est libre
mais lui est resté prisonnier.
Maintenant
il sait.
Tout se révèle
quand tout est consommé.
Le fil ne redeviendra plus toile
et le sage
se mit à pleurer.
— En ce cas demande le disciple
comment communiquer?
— Il faudrait répond-elle
d'abord savoir
pourquoi
communiquer.
— Il faut communiquer pour être sauvé.
— Et pourtant dit-elle
qui veut se sauver
se perd
et qui veut se perdre
se sauve.
Qui s'organise
se désorganise.
Qui avance à tâtons
arrive
ordonné.
Le fleuve a-t-il des objectifs
et pourtant
ne coule-t-il pas sans relâche vers la mer ?
Regarde
comment vois-tu ton apprentissage ?
— Il est désorganisé
je le reconnais
et pourtant
des sages l'ont organisé.
— Et toi
reprend-elle
as-tu organisé
ton propre apprentissage ?
— Non.
— Alors
regarde en toi-même
d'où viens-tu et où vas-tu ?
— Je ne sais
de quelle direction je viens
ni celle que je vais prendre
et pourtant
j'en connais
le point de départ
et le point d'arrivée.
— Où sont ces points?
— Le point de départ
et le point d'arrivée
sont très éloignés
l'un de l'autre
car la course est longue
et pourtant
ils se trouvent au même endroit.
— C'est-à-dire?
— C'est-à-dire
partout
et nulle part.
— Alors que t'ai-je
appris?
— Tu m'as tout appris
et pourtant
tu ne m'as rien appris.
— Comment cela?
— Ce que tu m'as appris
je le savais déjà
et pourtant
je ne le sais pas encore.
— Vois-tu maintenant la vérité dit-elle ?
Qui met en ordre
récolte le désordre.
Qui cherche de-ci de-là
dans les ténèbres
arrive
à bon port.
— Oui c'est vrai
tu n'as pas organisé
mon apprentissage
et pourtant
Avec ton cœur tu m'as conduit.
— Où donc ?
— Au plus profond
de mes propres pensées
autrement dit
jusques
au plus lointain
des multiples soleils.
— Serais-tu capable de conduire
ainsi
tes enfants?
— Je ne sais pas
la route est longue
les cailloux sont nombreux.
À quoi sert ce que je fais ?
Suis-je vraiment nécessaire ?
Est-ce que je compte pour un autre ?
Qui a de l'ambition pour moi ?
Comment aller jusqu'au bout de ma passion ?
Et nous avons tous
notre manière
différente
d'éduquer.
Non vraiment
je ne sais pas.
Pourtant j'ai dit
à mon frère
tout ne va pas si mal
puisqu'un enfant
a repris espoir.
Quand un Enfant
quelque part
redonne l'espoir
le monde entier se libère.
Et pourtant
non vraiment
je ne sais pas
je doute encore.
— Alors je respire
si tu ne le sais pas
c'est que tu le sais.
— Oui dit joyeusement le disciple
éduquer
c'est
vivre avec
sentir avec
aimer avec
souffrir avec
penser avec
apprendre avec.
Éduquer
c'est aimer.
Aimer
c'est croire
envers et contre tout
envers et contre tous
que dans chacun
tous les espoirs sont encore permis.
Tu peux être fière
j'ai tout compris.
— Non réplique-t-elle
si tu as tout compris
c'est que tu n'as rien compris
et même si tu avais Tout compris
il serait pour moi
inutile
et interdit
et ridicule
d'en être fière
car
ce n'est pas moi qui t'apprends tout cela.
— Qui est-ce alors ?
— Ce n'est pas moi
mais c'est moi
moi qui suis aussi
toi
Car nous sommes tous les deux
compris en
Lui
le Point de départ
et le Point d'arrivée.
Et pourtant
jamais tu ne pourras m'atteindre
et jamais je ne pourrai t'atteindre
mais ensemble nous créons des liens
qui nous donnent
existence.
Comprends-tu maintenant?
— Pas tout à fait...
— Alors
tu as Tout compris
et tu vois
en toi
la Lumière
poindre des ténèbres
l'Oiseau
prendre son vol
la Source
jaillir des profondeurs
et dans son eau
se mire
l'Étoile du matin.
— Oui je vois tout cela.
— Et maintenant demande-t-elle
comment te sens-tu ?
— Libre.
— Que fais-tu ?
— J'aime et je suis aimé.
— Qu'espères-tu ?
— Tout.

Michel qui t'aime













 

Montréal, 2 octobre 1992


Chère amie Marie-Nicole,

La semaine dernière, nous étions en promenade à Saint-Roch-de-Mékinac. Nous jouions à des questions-réponses en guise de méditation. J'ai tout noté. Je te renvoie cette méditation sous une forme poétique, sous le titre Et Dieu sait quoi encor — encor sans e : licence poétique! — Loin de trahir notre dialogue, il met en valeur la flamme qui nous animait.

ET DIEU SAIT QUOI ENCOR
Dans la forêt
ils s'embrassèrent ils s'enlacèrent ils s'étreignirent
et Dieu sait quoi encor
que je n'oserais dire.
Les arbres en rougissaient
les pauvres.
Une heure après
ils rougissaient toujours.
Pas tous
certains demeuraient verts
imperturbables
comme si de rien n'était
mais
il n'en pensaient pas moins
les coquins.
Deux bouleaux face à face
à l'entrée d'un chemin
se courbaient
tiraient leur révérence
aux deux amoureux.
— Où mène ce chemin ma mie
où mène ce chemin?
— Je ne sais mon ami
je ne sais
il a l'air bien joli
accueillant
invitant.
— Il nous invite ma mie
il nous invite
tiens-moi la main
car le chemin monte
plein de ravines et de cailloux.
— Qu'importent les cailloux mon ami
qu'importent les cailloux
nous le gravirons ensemble
nous le gravirons.
— Vois ce talus ma mie
vois ce talus
comme il est bien herbu.
— Grimpons-y mon ami
grimpons-y
nous y reposerons ensemble
nous y reposerons
sur un tapis de feuilles mortes
sur un tapis de feuilles.
— Que ressens-tu ma mie
que ressens-tu
sur ce talus ?
— Je sens une fourmi mon ami
je sens une fourmi
qui me dérange
qui me démange.
Je ne sais
si je dois la chasser
et bouleverser ainsi
le fragile équilibre des êtres et des choses
le fragile équilibre.
Je ne sais
si je dois la laisser
pour que perdure notre quiétude
pour qu'elle perdure.
— Que t'apprend la fourmi ma mie
que t'apprend la fourmi ?
— Elle m'apprend mon ami
elle m'apprend
que dans la vie les ennuis
sont bien petits
bien petits.
— Que ressens-tu encor ma mie
que ressens-tu ?
— Le doux soleil d'automne mon ami
le doux soleil
qui réchauffe le corps
qui embrase le cœur.
— Que t'apprends le soleil ma mie
que t'apprends le soleil ?
— De lui
la forêt a surgi mon ami
la forêt a surgi
et les herbes
et la mousse sur les cailloux.
Il guide la fourmi dans sa démarche
l'araignée sur sa toile
sans lui pas ce ruisseau qui murmure
sans lui pas de ruisseau.
Dans sa bonté il n'excepte personne
dans sa bonté.
Chacun à sa façon
a reçu du soleil
et la vie
et l'amour
et le sang
et la mort.
Pour moi
le soleil symbolise
la bouffée d'énergie
créatrice
le souffle consumant
de la vie
l'Esprit incandescent
qui comble l'univers
qui comble mon cœur
qui comble.
Pourtant
face à lui
mes yeux se défendent de sa clarté
nos yeux se défendent.
— Tes yeux mes yeux
sont ses enfants ma mie
sont ses enfants.
Sa lumière délivre
sa lumière.
— Et toi que vois-tu mon ami
et toi que vois-tu ?
— Je vois le fil de l'araignée ma mie
je vois le fil de l'araignée
fil d'argent
sur lui
le soleil luit.
— Que t'apprends ce fil mon ami
que t'apprends le fil ?
— Le travail patient ma mie
le travail patient
l'amour du bel ouvrage.
En passant
nous avons dérangé
sa légère dentelle
si légère.
Mais têtue
elle recommence sans se lasser
elle recommence.
— Que vois-tu encore mon ami
que vois-tu encore?
— Je vois la mare là-bas ma mie
je vois la mare.
Une brindille y tombe
simple baiser sur l'eau
simple baiser.
Pourtant
de proche en proche
de cercle en cercle
l'onde s'étend.
Et l'eau frissonne jusqu'au bord de l'étang
et l'eau frissonne.
— Que t'apprend la brindille mon ami
que t'apprend la brindille?
— Elle m'apprend ma mie
elle m'apprend
qu'un simple baiser
une simple tendresse
de proche en proche
de cercle en cercle
peut gagner l'océan.
Et les cœurs frissonnent jusqu'aux îles lointaines
et les cœurs frissonnent.
— Que ressens-tu mon ami
que ressens-tu
sur ce talus ?
— Je sens sous moi ma mie
je sens sous moi
la couche ouatée des feuilles mortes
la couche ouatée.
— Que t'apprennent les feuilles mortes mon ami
que t'apprennent-elles ?
— Elles m'apprennent ma mie
elles m'apprennent
qu'il faut mourir
pour que renaisse la vie
pour qu'elle renaisse.
— Que ressens-tu encor mon ami
que ressens-tu?
— Je sens dessous la main ma mie
je sens dessous la main
la mousse sur un cailloux
la mousse.
— Que t'apprend la mousse mon ami
que t'apprend la mousse?
— À m'accrocher ma mie
à m'accrocher
à la vie.
— Qu'entends-tu mon ami
qu'entends-tu?
— J'entends le cœur de ma mie
j'entends
avec mon cœur
battre très fort le cœur de ma mie
battre très fort.
— Mais encor mon ami
mais encor ?
— J'entends le ruisseau ma mie
j'entends le ruisseau
caché dans le sous-bois
caché.
— Que t'apprend le ruisseau mon ami
que t'apprend le ruisseau ?
— Tel notre amour
le ruisseau vient de naître ma mie
le ruisseau vient de naître.
Son rire donne fraîcheur
au cœur.
Il gambade
de-ci de-là
il se fraie un chemin
entre les arbres
insouciant
sans savoir encor où il va
sans savoir.
Ses deux rives s'émerveillent de son eau pure
ses deux rives s'émerveillent
ses deux rives.
Toi et moi sommes les rives de l'amour
toi et moi comme des rives
toi et moi.
— Mais hélas mon ami
mais hélas
le ruisseau se dissout dans la mare.
À peine né
il disparaît déjà.
Notre amour qui s'écoule
va-t-il mourir aussi
va-t-il mourir?
— Point ne meurt ma mie
point ne meurt.
Il renaît de la mare
plus large
mais pas plus sage.
Cascades, méandres capricieux
rien n'empêche les rives
de suivre leur chemin parallèle
de poursuivre leur rêve
de poursuivre.
— Mais hélas mon ami
mais hélas
les rives
jamais ne se rejoignent
jamais ne se rencontrent
jamais.
Sommes-nous séparés à jamais
sommes-nous?
— Point ne sépare ma mie
point ne sépare.
Pour unir les deux rives une planche suffit
pour unir.
Un passant égaré l'aura vite franchi.
Un peu après
un pont enjambe le cours d'eau
maintenant élargi.
Et loin de séparer
les deux rives unissent
l'école et la maison
la ferme et le marché
et les cités voisines.
Après bien des détours
plus large devient la rivière
et plus profond son lit
plus éloignées les rives
mais toujours plus unies.
Plus tranquilles leurs amours
mais plus ferme leur foi.
Aimer
ce n'est pas se rejoindre
mais être un trait d'union.
Tu m'as dit l'autre jour ma mie
tu m'as dit l'autre jour
jamais tu ne pourras m'atteindre
jamais tu ne pourras
jamais je ne pourrai t'atteindre
jamais je ne pourrai
jamais.
Mais ensemble
nous créons
des liens qui nous donnent existence
des liens qui donnent.
Le fleuve
est un lien
qui donne aux rives existence
qui donne.
Connais-tu l'histoire
de ces deux rives
qui s'aimèrent
au point de se rejoindre?
Amour dévastateur
car en se rejoignant
elles cessèrent d'être rives.
Le fleuve
de l'amour
sans son lit disparaît.
Inondations malheurs
le remplacent.
Noyées l'école et la maison
la ferme et le marché
et les cités voisines.
Car en se rejoignant
les rives
se séparent à jamais
par un mur
un mur
d'autant plus
infranchissable
que chacune
est devenue
muraille
obstacle
pour l'autre.
Pressées l'une contre l'autre
comme deux îles
dont l'une a mangé l'autre
rien de ce qu'elles disent
n'atteint plus
le cœur de l'autre.
Une île
isolée
perdue dans l'immensité des eaux
n'a qu'une seule rive
et cette rive
se referme
sur elle-même.
Plus de pont
plus d'amour.
Et depuis quand une île se parle à elle-même
depuis quand ?
— Mais hélas mon ami
mais hélas
le fleuve lui
finit par mourir
par se perdre à la mer.
— Point ne se perd ma mie
point ne se perd.
Quand le fleuve
parvient à l'océan
sa source
jaillit encore.
Il meurt continuellement
mais il renaît sans cesse.
Si les fleuves
ne se perdaient
dans la mer éternelle
leurs sources
se tariraient bien vite.
Plus de sources
plus de rivières
plus de rives
plus d'amour.
En se perdant on se retrouve
en se perdant.
— Mais hélas mon ami
mais hélas
un jour
lointain peut-être
mais un jour quand-même
les ruisseaux les lacs et les rivières
les mers les océans
s'assècheront
sur une planète
aux rives mortes.
Et notre amour alors?
— Point ne s'assèche ma mie
point ne s'assèche.
Quand tous les fleuves de la terre
les ruisseaux les lacs et les rivières
les mers les océans
seront évaporés
l'Amour continuera
à se perdre et renaître
sans cesse
comme au tout premier jour.
— Que m'apprends-tu là mon ami
que m'apprends-tu là!
Ce que tu m'as appris ma mie
ce que tu m'as appris
et Dieu sait quoi encor
et Dieu sait quoi.
— Il est temps de descendre mon ami
il est temps
de préparer la table du festin
pour nos amis.
— Tiens-moi la main ma mie
tiens-moi la main.
C'est toi qui glisse mon ami
c'est toi qui glisse
je te retiens.


À bientôt ma mie
Michel













 

Lougsi, 21 février 1997

Marie-Nicole ma douce amie,

Voici ce que j'écrivais au mois d'août dernier sur un carnet. Je m'étais senti profondément blessé par les paroles que j'ai entendues de ta bouche.

J'ose t'envoyer mon tourment aujourd'hui. Que ton indulgence me pardonne.

Plus que 1000 jours avant l'an 2000
et me voilà torturé par mes propres turpitudes.
Comment faire
non pas pour faire disparaître cette douleur
mais pour m'en servir comme d'un tremplin?
L'Esprit m'envoie cette destruction de moi
via Marie-Nicole
pour que je désencombre
l'accès à moi-même.
Ceux qui sont capables de désencombrer
l'accès à eux-mêmes
sont ceux qui ont le plus de succès
dans l'accès aux autres
disait le directeur de thèse d'une de mes collègues.
Si je n'accepte pas
de me laisser détruire l'extérieur
par l'Esprit via Marie-Nicole
je ne connaîtrai jamais mon propre Esprit.
Et alors, comment pourrais-je connaître
l'Esprit des autres ?
Je serais bien content
d'être débarrassé de cette douleur morale.
Mais en attendant
je dois dire merci du plus profond de mon cœur
de la recevoir
puisque c'est
l'unique condition
pour me défaire du vieil homme
comme d'une vieille peau
pour aller au plus profond de moi-même
là où se trouve le nouvel homme
là où se trouve l'Esprit
le meilleur de moi-même
cette part de transcendance que j'ai reçue en héritage
et qui est recouverte
des oripeaux et de la vieille peau
qui la cache.
Se dépouiller
des oripeaux et de la vieille peau
est douloureux.
C'est même impossible.
Ce serait une ambition démesurée et prétentieuse.
Seul l'Esprit peut le faire.
Et il le fait par l'intermédiaire de Marie-Nicole.
Je devrais remercier mille fois Marie-Nicole
de se faire ainsi l'instrument de l'Esprit.
L'Esprit ne veut pas que je souffre.
Se dépouiller fait souffrir.
Point à la ligne.
Je ne souffrirais pas si j'étais déjà dépouillé.
Mais voilà j'y tiens à mes oripeaux.
Si je veux la sérénité
je dois accepter d'abord de souffrir.
Mais une fois cette acceptation faite
le caractère insupportable de cette
souffrance disparaîtra.
Quand la souffrance morale
de me voir ainsi réduit en miette
n'est pas acceptée
c'est cela qui fait le plus souffrir.
Accepter la souffrance parce que l'on sait qu'elle libère
c'est déjà
s'affranchir de cette souffrance qui libère.
Ce qui libère
c'est de se débarrasser de sa vieille peau.
La souffrance vient
de ce que l'on n'accepte pas d'être libéré ainsi.
La souffrance n'est pas bonne en elle-même.
C'est un signe
que mon extérieur se détruit et me conduit
vers mon propre Moi
qui est l'Esprit en dépit de mon petit moi.
Si j'accepte cela comme un don de l'Esprit
je souffrirai peut-être encore
mais ce ne sera pas la souffrance du désespoir
comme ces derniers jours
une souffrance destructrice
qui conduit à la paralysie et à la mort.
Ce sera plutôt la souffrance
de l'enfantement de moi-même.
Je dois accepter d'accoucher de Moi-même
c'est-à-dire de l'Esprit.
C'est une renaissance.
Merci pour cette grâce
cette grâce.
Pour l'avenir
je ne demande pas la souffrance
ce serait prétentieux.
Je ne la chercherai pas
ce serait stupide.
Je l'accepterai
comme une grâce
et l'Esprit me la transformera en joie.
D'ailleurs
dans cet arrachement de l'extérieur
qui m'oblige à souffrir ?
Ce n'est pas l'Esprit qui me fait souffrir.
C'est moi qui me fais souffrir moi-même
de ne pas accepter l'arrachement.
C'est moi qui préfère souffrir
plutôt que de me dire
quelle chance
je vais accéder à moi-même.
C'est ma résistance à la grâce
qui provoque la souffrance.
Si je ne résistais pas du tout à la grâce
ce qui est plutôt impossible
je ne souffrirais pas du tout.
Alors
dans la mesure où je ne résisterai pas à la grâce
dans la même mesure je ne souffrirai pas.
Quand on ne résiste pas à la grâce
on ne se gratte pas le cœur.
C'est la vieille peau qui fait souffrir.
Une fois partie
la joie demeure.
Cela n'est pas la solution héroïque
c'est la solution pratique
simple
facile.
Il est bien plus difficile de résister à la grâce
que de se laisser pousser par le souffle de l'Esprit.
Il est bien plus difficile de ramer
que de hisser la voile.
C'est vrai il est important
avant de partir pour l'Afrique
que je me débarrasse du vieil homme
sinon que pourrais-je faire là-bas?
Du superficiel.
Il ne faut pas
il ne faut pas
que je me laisse dominer
par mes humeurs changeantes
ou par celles de Marie-Nicole.
Cette peur maladive
que j'ai de déplaire à Marie-Nicole
est un signe d'égoïsme.
J'ai peur
qu'elle soit fâchée sur moi.
Si elle est fâchée sur moi
je suis aux abois.
Au contraire
cela devrait me réjouir
car cela me force
à me débarrasser de mon vieil homme
et à être plus attentif
à elle
pas à moi et à mon tourment
et à voir ce que je peux faire pour elle
et non pas pour moi.
Inutile de
de dire tout cela à Marie-Nicole
inutile de l'encourager à être fâchée sur moi.
Cela se produira encore fatalement.
Quand ça dégénère
c'est parce qu'au lieu de voir cela
comme une occasion de croissance personnelle
je le vois
comme une occasion de défendre
mon vieil homme ma vieille peau
de l'arrachement.
Cette réaction de défense de ma part
est
bien plus
douloureuse
que si je me laissais faire.
Nee dit:
«C'est là le commencement de la destruction
de l'homme extérieur
quand vous avez perdu toute confiance
en vous-même»
Le vous-même
en tant que vieil homme extérieur
pas en tant qu'Esprit intérieur.
Nee dit encore:
« Vous n'avez pas seulement besoin d'être édifié
vous avez besoin d'être détruit
d'être délivré
de ces nombreuses choses dans votre vie
qui ne peuvent pas être emmenées dans l'éternité.»
Tant que je souffre
c'est que je n'ai pas
vraiment accepté de me laisser dépouiller.
Tant que je souffre
c'est parce que
je me fais souffrir moi-même.
Personne ne peut m'infliger de blessures morales
sauf moi-même.
Et quand je m'inflige des blessures morales
c'est parce que
je n'accepte pas le dépouillement.
Je ne dois
surtout pas
me réjouir de ma souffrance.
Je dois me réjouir
du dépouillement.
La souffrance n'est qu'un effet secondaire
effet intéressant certes
si cela me montre
que je n'accepte pas le dépouillement.
Alors
si j'accepte le dépouillement
la souffrance disparaîtra.
À part
cette fonction de signal d'alarme,
la souffrance n'est pas souhaitable
et le meilleur moyen de la faire disparaître
est le dépouillement
accepté.
Le dépouillement
que je dois accepter
aujourd'hui
n'est pas de me dépouiller de mes défauts.
Le dépouillement
est de les accepter.
Le dépouillement
est d'accepter
que Marie-Nicole me les fasse remarquer
même et surtout
si sa manière ne me semble pas agréable.
Il ne s'agit pas de satisfaire Marie-Nicole en tout
j'ai bien vu que ce n'est pas possible.
Vouloir satisfaire Marie-Nicole en tout
est de l'égoïsme de ma part
je veux ainsi échapper à ces remarques
qui me semblent peu agréables.
Si
face à ses remarques
je me sens
plus libre plus serein
il me sera alors
beaucoup plus facile de la satisfaire.
Je dois m'efforcer de la satisfaire
parce que je l'aime
et non pas
parce que j'aime tellement mon homme extérieur
que je ne peux supporter aucune critique.
Si j'agis ainsi
je m'apercevrai que Marie-Nicole me critique moins
et d'une manière moins acerbe.
Si je me conduis
comme un enfant grondé
Marie-Nicole se conduira
comme une mère grondeuse.
Il faut
il faut
que je me mette ceci dans la tête
tout ce que j'ai écrit ci-dessus
n'est pas
le résultat d'une perfection personnelle.
C'est le résultat
du travail de l'Esprit
via
Marie-Nicole
sur moi.
Sans Marie-Nicole
cela ne serait pas possible.
Moi je ne suis rien.
Dans la mesure
où je rame
je m'en vais dans toutes sortes de directions.
Dans la mesure
où je m'arrête de produire tous ces efforts démesurés
et où je me contente de me laisser pousser par l'Esprit
dans cette mesure
j'irai dans la bonne direction.
Il faut
il faut
que je laisse l'Esprit souffler où Il veut.
Je n'ai qu'à dresser la voile
et la mettre dans une position adéquate.
C'est vraiment
moins fatigant
que de ramer comme un forcené
pour se retrouver
plusieurs années plus tard
à la même place.
Ce qui fait souffrir Marie-Nicole
c'est de penser qu'elle me fait souffrir.
Et j'ai
une manière bien subtile
de le lui faire sentir.
Alors qu'en réalité
je me fais souffrir moi-même
par ma résistance à l'Esprit.
Si
de temps en temps
je résistais au désir
de satisfaire Marie-Nicole
en tout et à son contraire
je ne lui enverrais pas
ce signal tu me fais souffrir
et j'aurais
par le fait même
une plus grande capacité de la satisfaire.
Tout cela n'est pas un catalogue
de bonnes résolutions.
Je n'ai aucune
ou presque aucune
bonne résolution à prendre.
J'ai juste
à me réjouir
quand Marie-Nicole m'aide à me débarrasser
du vieil homme.
Et si
je me réjouis
je me fais du bien.
L'Esprit ne me demande pas
que je me fasse souffrir.
Il me demande
que je me fasse du bien.
Il ne faut pas
il ne faut pas
qu'aujourd'hui
je pense que je suis
converti transformé.
Je suis toujours le même
un extérieur exécrable
et un intérieur où réside l'Esprit.
L'intérieur n'a pas à se convertir
il est déjà parfait.
L'extérieur n'a pas à se convertir non plus
il n'y arrivera jamais.
Alors
aujourd'hui
tout ce que j'ai à faire
est
non pas souhaiter
que Marie-Nicole ne me dise
plus de paroles désobligeantes
mais bien
si cela arrive
ne pas être surpris
et me réjouir intérieurement.
Après
l'Esprit soufflera où il veut
l'Esprit me soufflera
les bonnes choses
à dire à Marie-Nicole
et à faire pour Marie-Nicole.
Il ne faut pas
il ne faut pas
penser que cela va marcher comme par magie.
Il faut
il faut
que je sois
tout donné tout consacré
à l'Esprit qui est en moi.
Je peux le faire en paroles
cette consécration.
Mais d'une manière effective
c'est autre chose.
Pour se consacrer se donner
vraiment
il faut se laisser faire par l'Esprit.
Mais pour se laisser faire par l'Esprit
il faut se consacrer.
Contradiction apparente.
Alors
il ne faut pas
il ne faut pas
s'imaginer
que cela va se faire en un jour.
Je dois rester en éveil.
Il faut
il faut
que tous les matins
je me dise
aujourd'hui peut-être
Marie-Nicole va me dire des paroles désobligeantes.
Et si c'est le cas je dois
d'abord
m'empresser de remplir mon cœur de joie.
Ensuite
l'Esprit dictera ma conduite.
Maintenant encore aujourd'hui
je souffre
je n'ai pas encore mis assez de joie dans mon cœur.
Cela montre
que je n'ai pas encore
vraiment
accepté
que mon homme extérieur
se soit conduit comme un con ces derniers temps.
Il faut
il faut
que je l'accepte
et que je m'en réjouisse.
Si je ne l'accepte pas
je ne pourrai pas m'en défaire
de ce vieil homme extérieur.
Si je ne me réjouis pas
j'y resterai attaché
à ce vieil homme extérieur.
C'est tout de suite
que je dois agir
me réjouir que je suis un sot et un méchant à l'extérieur
car c'est en laissant l'Esprit me débarrasser
de l'homme extérieur
que j'atteindrai
l'Esprit intérieur qui est parfait.
Si je ne suis pas capable
de me réjouir et d'être heureux maintenant
comment pourrais-je le faire
quand je retournerai à la maison
et que Marie-Nicole me dira
des paroles désobligeantes?
Ce que m'a le plus troublé
c'est que Marie-Nicole m'a dit:
« Tu ne m'écoutes pas. »
Évidemment
je ne l'écoute pas
et je ne suis pas attentif à elle
puisque je ne m'écoute pas non plus
moi-même
et que je ne suis pas attentif non plus
à mon propre Moi intérieur.
Alors,

Marinicou qui m'aime, tu comprends que ta question : "Et surtout comment me dépasser ?", je ne peux pas me la poser à moi-même. Car pour moi, il s'agit surtout de ne pas essayer de se dépasser. Il n'y a pas à chercher hors et au-dessus de soi une ligne à dépasser. Il y a, à trouver à l'intérieur et au plus profond de soi, le meilleur de soi-même qui s'y trouve déjà. Là se trouvent la Vie, l'Amour, la Joie et la Vérité.

Et puis, merveille des merveilles, ta carte de St-Valentin. Ce jour-là, dis-tu, tu vas m'envoyer les énergies brûlantes de la passion (whow!) et du désir. Alors moi aussi mon amour. Tu souhaites que ta passion fasse s'écrouler la maison. Pire, c'est une explosion de force comparable à un milliard de bombes à hydrogène. J'explose comme une galaxie en fin de course. Ah! viens vite ô princesse Marinicou.

Et je crois, je pense, je suis sûr, que la mise à nu corporelle que je fais en pensée devant toi et qui sera effective au mois d'avril prochain, quand rien ne cachera de mon corps devant tes yeux, est un symbole de cette mise à nu de mon âme devant toi. Et quand tu m'as écrit quelles questions tu te posais, c'était aussi une mise à nu de ton cœur. Quand nous enlevons nos vêtements, je te trouve belle et tu me trouves beau, car le désir nous soulève.

Alors, si nous pouvions vraiment enlever l'extérieur de notre être et moi voir chez toi et toi voir chez moi la beauté de l'Esprit, je te trouverais encore plus belle et toi tu me trouverais encore plus beau. Car le désir d'éternité nous soulèverait. Mais cela ne sera jamais possible intégralement. On peut seulement s'en approcher un peu tous les jours, simplement, sans essayer de se dépasser.

Et moi, en livrant le contenu de mon carnet, je fais ce que je pensais ne jamais pouvoir faire. Et je tremble un peu. Comme un jeune homme, le jour de ses noces, qui se met tout nu devant son épouse pour la première fois. Et qui tremble un peu de montrer cet appendice charnu qu'il trouve un peu disgracieux.

Princesse Marinicou, je t'aime au-delà de toute limite. Aujourd'hui, je n'ai fait que répondre à tes messages. Tu es pour moi l'Irremplaçable. Tu es unique. Tu es belle dans tous les sens du terme. Tu es exceptionnelle.

Ton chevalier servant pour toujours
qui, aujourd'hui, pour toi, enlève son armure,
sa cotte de mailles, son haubert, son bassinet,
ses gantelets, plastrons, cuissards, genouillères,
jambières et solerets en fer,
puis le surcot, le pourpoint, les chausses et les poulaines,
enfin la camisole et le caleçonnet,
et alors,
il n'a plus que son étendard dressé à présenter
aux yeux de son aimée,
il tremble de peur que son audace offense la princesse
autant que de froid, là-haut, dans l'humide donjon,
espérant que sa belle, au contraire, le caresse du regard
ce qu'elle ne manque pas de faire, plus qu'il ne l'auroit pu espérer,
et elle ôte, à son tour,
hennin, ceinture, houppelande, tassel, guimpe,
vertugadin, jupon,
pantoufles de vair
et tous les dessous de cette époque, dont je ne connois le nom,
et elle lui dit :
«Beau puceau, mon ami, écarte ma chevelure de ma poitrine.»
Chevalier n'en croit ses oreilles,
oncques ne lui a-t-on fait invitation pareille,
s'exécute et voit des appas si généreux qu'il en défaille,
lui qui savoit occire sans peur le dragon à sept têtes,
défaille tellement qu'il cherrait par la meurtrière,
si la belle, au dernier moment, ne le retenoit d'une main,
posant les pointes exquises de ses appas sur celles du hardi,
et sa bouche haletante
sur la bouche du chevalier muet de surprise,
tandis que de l'autre main, elle attire les doigts du chevalier
dans une forêt merveilleuse, au creux magique,
si doux, si joli, si humide,
que chevalier éperdu d'amour s'imagine qu'il a chu du donjon
dans la fosse aux grenouilles et qu'il est déjà au paradis,
mais il n'est pas au bout de ses surprises, car la belle
l'attire au fond du lit par d'ineffables caresses mutuelles
et Dieu sait quoi encor.
Et chevalier servant,
au paradis
du paradis,
s'affecte galamment,
le cœur tout en émoi,
à tous les exercices
nécessaires au service
de la fille de son roy,
la satisfaisant
de son corps aimant
en tous les points demandés
et cela
ha! ha!
ne puit plus se narrer,

Michel













 

Lougsi, 4 août 1997


MÉDITATION DU 27 JUILLET 1997
À LA MESSE DE TANGHIN-DASSOURI

LE PETIT CAILLOU DE LOUGSI

Hymne à la Vie
à la Vérité
à la Mort et à l'Amour


Ce qui suit a été écrit le 3 août 1997, après avoir lu ta charmante lettre apportée par Marcel. C'est la transcription d'une méditation que j'ai faite le 27 juillet 1997 à la messe de Tanghin-Dassouri où tu étais avec moi. Cette méditation est toujours présente dans mon esprit, avec tous ses détails, telle qu'elle s'est imposée à moi, claire et nette comme le cristal, mais aussi, brumeuse et floue comme l'aube à Saint-Roch-de-Mékinac, les matins de brouillard. Je l'écris sans rien ajouter ni retrancher si ce n'est les corrections de style qu'exige la mise sur papier de ce qui s'est écrit dans mon cerveau. Elle se compose de six parties: dédicace; chant du caillou; chant de la Vie; chant de la Vérité; chant de la Mort et de l'Amour; envoi.

Dédicace

Marie-Nicole
ma mie
voici un petit cadeau
un caillou de Lougsi
pris au hasard
dans un tas de cailloux.
Si ce caillou pouvait parler
peut-être dirait-il
je ne sers à rien
je suis inutile
je ne suis pas maître de ma vie
qui a besoin de moi ?
Pourtant ce caillou est une pièce unique.
Aucun autre caillou ne lui est pareil.
De toute éternité
son destin a été fixé.
Il a acquis une identité.
C'est lui que je charge
de te transmettre
ce message d'amour
ô ma mie Marie-Nicole.
Le voilà messager
de l'amour.

Chant du caillou

Petit caillou
si tu avais pu
être maître de ta vie
si tu avais pu
décider de ton sort
si tu avais pu
te mouvoir
et voir le monde pour être maître de ta vie
peut-être aurais-tu couru
vers le chantier d'une vibrante basilique
t'incorporer aux mystiques pierres
qui chantent Dieu.
Ou bien aurais-tu voulu
te fondre dans un vaste barrage
pour retenir l'eau précieuse aux cultivateurs.
Ou bien encore
dans un dessein de longue haleine
te serais-tu précipité dans une rivière
pour être poli
et repoli sans cesse
par le courant
puis devenir silex bien lisse
et ensuite t'arranger pour te mettre
sous les pas d'un petit garçon bien gentil
et lui servir de jouet.
Petit caillou
si tu avais été
maître de ta vie
si tu avais voulu
servir à quelque chose
au lieu de rester anonyme
parmi des tas d'autres cailloux
tu n'aurais pas été choisi par moi
comme messager.
Alors que maintenant
pour n'avoir pas été maître de ta vie
te voilà devenu messager de la Vie.
Pour avoir accepté de ne servir à rien
tu sers
à mieux
à beaucoup mieux
à infiniment mieux
que prisonnier du mur d'une prétentieuse basilique
que perdu dans le béton d'un barrage monstrueux
que soumis au caprice d'un gamin de passage.
Merci
petit caillou.

Chant de la Vie

Et moi Michel
qui suis-je?
Je ne sers à rien.
Je ne suis pas maître de ma vie.
Il faut que
je m'assène
et me réassène
sans cesse
cette phrase je ne sers à rien.
Lougsi le village où je suis
n'a pas besoin de moi.
L'Afrique n'a que faire de moi.
Je suis comme un caillou
qui ne sert à rien.
Et puis il faut encore que
je m'assène
et me réassène
sans cesse
cette autre phrase je ne suis pas maître de ma vie.
Maître de quoi ?
Qu'est-ce ma vie?
Un tracé zigzagant
De-ci de-là
pour essayer parfois
mais en vain
d'être maître du tracé
et de servir à quelque chose.
Ma vie c'est quoi?
De l'agitation du bavardage
des coups d'éclat qui n'en sont pas
du néant.
Pourquoi m'échiner
à être maître de ce tourbillon inutile
de ce chaos sans nom
que j'appelle
ma vie.
C'est quoi ma vie?
Une pelure une vielle peau un oripeau
d'angoisse
de fureur
d'enthousiasme faux
de tristesse inexplicable.
Une pelure une vielle peau un oripeau
qui s'enfle
et se dégonfle
qui me fait croire que j'agis
alors que je ne fais rien
qui me fait croire que j'aime
alors que je déteste
qui me fais croire que je raisonne
alors que je résonne
comme un tonneau vide
celui qui comme le dit le proverbe fait le plus de bruit.
Être maître de ma vie
c'est en réalité être prisonnier
de mon angoisse
de ma fureur
de mon enthousiasme faux
de ma tristesse inexplicable.
Je ne veux pas être maître de ma vie.
Je ne peux pas être maître de ma vie.
C'est la Vie
qui doit être ma maîtresse.
C'est la Vie
qui est ma maîtresse.
Ma vie ne m'appartient pas.
C'est moi qui appartiens à la Vie.
Et la Vie
Elle est là au plus profond de moi.
Mais la Vie
ne parvient pas à se rendre maîtresse de moi
car
entre elle au plus profond de moi
et mon petit moi superficiel
il y a un mur
une muraille
d'angoisse
de fureur
d'enthousiasme faux
de tristesse inexplicable.
Une muraille
un mur
qui murmure je dois servir à quelque chose.
Alors si je disais je ne sers à rien
peut-être qu'à ce moment la Vie qui est en moi au plus profond de moi
parviendrait
à briser le mur
à se frayer un passage
à balayer
l'angoisse
la fureur
l'enthousiasme faux
et la tristesse inexplicable.
Et alors la Vie
qui est en moi
trouverait à quoi je peux servir
comme elle a trouvé
à quoi pouvait servir le petit caillou de Lougsi.
Dans la mesure où je veux
naïvement
être maître de ma vie
dans cette mesure
la Vie qui est en moi
ne pourra pas être maîtresse de moi-même
et ceux qui se rendront maîtres de moi
seront
l'angoisse
la fureur
l'enthousiasme faux
et la tristesse inexplicable.
Dans la mesure où je veux
simplement
ne pas être maître de ma vie
dans cette mesure
la Vie qui est en moi
sera ma maîtresse
pour des desseins
meilleurs
bien meilleurs
infiniment meilleurs
que les petits objectifs merdiques
que je me suis fixés.
Je ne veux pas conduire ma vie
Je ne peux pas conduire ma vie
je veux que
la Vie qui est en moi
me conduise.
Dans la mesure où je crois
naïvement
que je sers à quelque chose
et que je m'échine
et que je tempête
et que je bosse
comme un damné pour y arriver
dans cette mesure
je ne sers
strictement
à rien.
Dans la mesure où je crois
simplement
que je ne sers à rien
dans cette mesure
la Vie qui est en moi
se servira de moi
et je servirai à quelque chose
de mieux
de bien mieux
d'infiniment mieux
que de chanter dans les basiliques
que de capter l'eau pour les champs assoiffés
que de jouer avec tous les petits enfants de la terre.
Il faut il faut
que je me mette dans la tête
que je m'assène
et que je me réassène
sans cesse
je ne sers à rien
c'est la Vie au plus profond de moi
qui se sert de moi
ma vie ne m'appartient pas
c'est moi qui appartient à la Vie.

Chant de la Vérité

Tout ce que je viens d'écrire
ici
est-ce la vérité ?
Vérité qui es-tu ?
Si après avoir écrit
ce que je viens d'écrire
je crois posséder la vérité
alors je suis
victime
d'illusion.
Je suis un illusionniste
qui s'illusionne lui-même.
On ne peut posséder la vérité.
C'est la Vérité qui nous possède.
La vérité ne m'appartient pas.
C'est à la Vérité que j'appartiens.
La Vérité est comme la Vie.
Elle est au plus profond de moi.
À l'extérieur de moi il n'y a pas de vérité vraiment vraie.
À la surface du moi il n'y a pas de vérité vraiment vraie.
Je peux croire que je possède
une vérité extérieure à moi.
Cette vérité-là n'est vraie
que l'espace d'un instant.
L'instant suivant elle est mensonge.
Et l'instant d'après de nouveau vraie.
Et ainsi de suite
comme une lampe clignotante
ni allumée
ni éteinte
plus qu'un court instant.
Comment pourrais-je alors
posséder une vérité
aussi éphémère
aussi changeante
qui me file entre les doigts
celle qui empêchait Bertrand Russel de dormir ?
Dans la mesure où je crois
naïvement
que je possède la vérité
dans cette mesure
la Vérité qui est en moi
ne pourra pas me posséder.
Dans la mesure où je crois
simplement
que je ne possède pas la vérité
dans cette mesure
je serai possédé par la Vérité.
Quand on croit détenir la vérité
alors, en réalité, on est
détenu
prisonnier
des illusions
de l'angoisse
de la fureur
de l'enthousiasme faux
de la tristesse inexplicable.
Quand on croit détenir la vérité
dans une théorie
l'étroitesse d'esprit n'est pas loin.
Quand on croit détenir la vérité
dans une religion
les bûchers commencent à fumer.
Quand on croit détenir la vérité
dans une idéologie
les goulags
petits et grands
réels ou virtuels
poussent comme des champignons après l'orage.
Tout cela provient d'une illusion
de la grande illusion
de la seule illusion.
L'illusion de croire
que l'on peut
détenir
emprisonner
incarcérer
posséder
la vérité.
Alors que c'est la Vérité qui nous possède
en s'incarnant au plus profond de notre cœur.
Actuellement je suis à l'église de Tanghin-Dassouri
avec toi
Marie-Nicole ma mie à mes côtés.
Ils ont osés
les salauds
ils ont osés
sur le Mont des Oliviers
sur le coin de terre le plus sacré
ils ont osés
là où le sort du monde à basculé
là où Celui
qui a dit je suis la Vérité je suis la Vie
a été sacrifié
ils ont osés
ces petits fabricants de vérité mensonge
ils ont osés
y bâtir une église de merde
où de misérables confessions religieuses
s'y disputent
nef et parvis
chœur et autels
aumônes et reliques
dogmes et croyances
comme si la Vérité pouvait
se conquérir
se partager
se déchirer.
Pourtant Il n'a pas dit je possède la vérité
Il a dit je suis la Vérité.
Il n'a pas dit je possède la vie
Il a dit je suis la Vie.
Et nous sommes tous aussi la Vérité.
Et nous sommes tous aussi la Vie.
Pourvu que nous ne tentions pas
maladroitement
naïvement
vaticanesquement
droit-canonesquement
ridiculititanesquement
de posséder l'Impossédable
de saisir l'Insaisissable.
La Vérité n'est
ni dans les sacristies
ni dans les couloirs des universités
ni dans les officines politiques.
La Vérité est
au plus profond de toi
au plus profond de moi
au plus profond du petit caillou de Lougsi.
Au sujet de la Vérité
la question essentielle
l'unique question
est celle-ci
Est-ce que j'essaye de la posséder
comme un avare son or ?
Est-ce que j'essaye de la déposer
sur mon compte de banque
et ainsi de m'en déposséder ?
Ou bien suis-je possédé par elle ?

Chant de la Mort et de l'Amour

La messe à Tanghin-Dassouri est presque terminée.
Mais alors
si la Vérité est insaisissable
mais que c'est la Vérité qui nous saisit
si la vie est invivable
mais que c'est la Vie qui nous poursuit
si toute agitation semble vaine
si tout rêve est incertain
que faire alors ?
Si la Vérité n'habite
qu'au plus profond de notre cœur
notre être extérieur n'est que mensonge et illusion.
Si la Vie ne vivifie que le
plus profond de notre cœur
notre être extérieur
celui qui est visible
n'est qu'un cadavre
déambulant.
Faut-il attendre la mort définitive de ce déjà cadavre
pour connaître la Vérité?
Faut-il attendre d'être six pieds sous terre
pour enfin sentir la Vie?
Ou bien peut-on mourir à soi-même dès maintenant
le soi-même de l'extérieur
pour que jaillisse la Vie de l'intérieur?
Mystère de la Mort.
Mystère de l'Amour.
Pour vivre
il faut accepter de vivoter dans l'incertain
mais il faut accepter de mourir à soi-même.
Ce qui ne devrait pas être difficile puisque c'est déjà fait.
Quoi de plus facile que d'assassiner un cadavre?
Pour mourir à soi-même
il faut aimer.
Et pour aimer
on est bien obligé de vivre.
Une chatte n'y retrouverait pas ses petits.
On est bien obligé de vivre
dans l'incertitude.
Rien ne se perd
et pourtant tout se perd.
Rien ne se crée
et pourtant tout se crée.
Que dois-je faire alors ?
Que dois-je penser ?
Il faut
que j'accepte mon sort.
Et mon sort
c'est de faire partie
intégrante
et intégrée
de ces salauds que je fustige.
Jamais je ne réussirai l'impossible
jamais je ne réussirai
à m'empêcher
de tenter maladroitement
d'essayer naïvement
de diriger ma vie
au lieu de laisser
la Vie me diriger.
Jamais je ne réussirai
à m'empêcher
de tenter maladroitement
d'essayer naïvement
de poursuivre la vérité
au lieu de laisser
la Vérité me poursuivre.
Je suis un salaud
comme un autre.
Le reconnaître est le commencement de la sagesse.
Accepter bêtement
accepter simplement
d'être un salaud
c'est
peut-être
l'être déjà un peu moins.
Cette idée devrait me laisser
un goût amer dans la bouche.
Et pourtant ce n'est pas cela qui se passe.
Cette idée me soulève
d'enthousiasme
inexplicablement.
Mystère de l'Amour.
Mystère de la Mort.
La longue messe à Tanghin-Dassouri se termine
et je sors avec toi
Marie-Nicole
sur le parvis de l'église.
Et nous regardons les danseurs et les danseuses.
La méditation est achevée
ou plutôt inachevée.
Et dans la tête et dans le cœur j'ai déjà
l'image du petit caillou à t'offrir
petit caillou que je ne connais pas encore
petit caillou que je connais pourtant depuis toujours.
Petit caillou qui semble ne servir à rien
mais qui servira
à mieux
à beaucoup mieux
à infiniment mieux
que dans le mur de la basilique
que dans la digue du barrage
que dans la main du petit garçon.
Petit caillou d'amour petit caillou de l'Amour
que je t'offrirai
Marie-Nicole.

Envoi

Ma mie Marie-Nicole
en ce trois août à Lougsi
je relis ma méditation inachevée.
Je viens
à l'instant
de choisir le petit caillou
méticuleusement.
En fait c'est lui qui m'a choisi.
Il m'a choisi
simplement
en étant là l'air d'attendre
l'air d'attendre quoi il ne savait pas
l'air d'attendre que je te l'offre.
Pourquoi lui ?
Pourquoi moi ?
Pourquoi toi ?

Ton ami Michel













 

Lougsi, 21 janvier 1998



Ô Princesse,
ô Grâce,
ô Douceur,
ô provoquante Damoiselle
pour son chevalier servant, ci-devant escholier,

Tu m'aimes et tu as hâte de me lire, de m'entendre et de me toucher (ouf), dans ta lettre 6. Catastrophe: pour lire ta 6e lettre, j'ai oublié de mettre ma ceinture de sécurité. Alors, en lisant le mot "toucher", pour ne pas m'envoler, j'ai attrapé la première chose que j'ai pu: la touche "double-vé" du clavier. Voilà pourquoi tous les double-vés majuscules de ce texte sont remplacés par des étoiles et tous les double-vés minuscules par des barres de fraction. Et alors cela m'a fait souvenir du premier janvier, dans la chambre d'hôtel, où tu m'as fait cette invitation excellentissime, bienveillantissime, suavissime, ravissantissime, tendrissime, inoubliablissime, agréablissime, savoureusissime, charmantissime, remarquablissime, aimablissime, coquettissime, délicatissime, enchanteressissime, exquisissime, merveilleusissime, gracieusissime, prodigieusissime, provoquantissime, précieusissime, sympatiquissime, extraordinairissime, magnifiquissime, doucissime, gentillissime, harmonieusissime, attentionnantissime, plaisantissime, raisonnablissime, piquantissime, stupéfiantissime, époustouflantissime, émouvantissime, glorieusissime, splendidissime, admirablissime, étonnantissime, surprenantissime, merveilleusissime, sensationnellissime, remar-quablissime, inopinémentissime, superbissime, déconcertantissime, magnifiquissime, provocatricissime, incitantissime, défiantissime, déclenchantissime, déchaînantissime, miraculeusissime, ressuscitéissime:

Et si nous faisions l'amour ?

*ho/! Voilà de quoi réveiller un mort.
Dis-moi cela quand je serai dans mon cercueil
encore ouvert au salon funéraire
et les gens seront surpris.
Ou plutôt, dis-le moi encore souvent
et même très souvent
quand je serai de retour
dans notre pays de glace
si tu veux déchaîner mon audace.
Fantasme des fantasmes, je rêve
au jour béni du mois d'avril
vite vite vite
où la Princesse qui me chérit
m'articulera cette
invitation
en six mots:

Et si nous faisions l'amour ?

Michel








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