LA GUERRE DES CHAMPS ET AUTRES FABLES DÉLIRANTES
Éditions de la Lune berçante
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LA GUERRE DES CHAMPS

LE RÉVEIL DE LA FORÊT

LES FRUITS DE LA SERRE

Livre d’or

 

 

 

 

 



La guerre des champs


Dans un champ abandonné gisait un immense rocher
Entouré de plusieurs espèces de fleurs
Toutes flétries les unes plus que les autres.
Des milliers de bourdons les butinaient.

De je ne sais quel hasard
Arriva dans cet endroit sacré
Un jeune pinson explorant les alentours.
Les bourdons l’aperçurent
Et lui signifièrent de quitter les lieux !
L’oiseau chanteur ignora cet avertissement,
Car chez lui, une couvée affamée l’attendait.
Après quelques moments, à tire-d’aile,
Il disparut dans la forêt.

Fort heureux de sa trouvaille,
Il invita ses amis à partager avec lui sa découverte.
Quelques-uns s’y aventurèrent.
Mais impossible d’y accéder.
Les insectes encerclaient le champ,
Interdisant toute arrivée.
Dans la communauté des bourdons,
Un sobriquet ridiculisait le pinson.
Partout se répétait : Mendiants ! Mendiants !
Quelle petitesse, pensai-je !

Bien déçus, les oiseaux retournèrent dans leurs bosquets.
Ils décidèrent que des messagers
D’arbre en arbre
Convoqueraient un sommet écologique.

Le lendemain,
Plusieurs centaines d’oiseaux venus de partout
Assistèrent au grand rassemblement.
On discuta de la richesse contenue dans ce champ.
On convint d’une stratégie
Pour obtenir les graines essentielles à la survie.
Les oiseaux décidèrent
D’expédier une missive chez les insectes.

À leur grand étonnement,
Les bourdons reçurent,
Par un long courrier inscrit sur une écorce de bouleau,
Les demandes des petits gazouilleurs.
Mais de leur côté, ils décidèrent de chasser cette plumasserie.
Après tout, c’est eux les occupants de ce pré !
Sur un pétale de fleur, on dénia leurs demandes.
Les guerriers tout velus se préparèrent à la guérilla.
Des deux côtés, les régiments étaient prêts à s’affronter.

À la vue du pétale,
Un cri fut piaillé par l’aîné des rouges-gorges,
Un bruit saccadé fut entamé par le pic-bois.
Ensemble, ils élaborèrent la stratégie.

La corneille vint criailler de toutes ses forces
Qu’elle tremblait d’effroi devant ce plan.
Il lui paraissait trop naïf.
Elle leur fit part de certains changements à y apporter
En énumérant de grandes règles de prudence.
Les petits oiseaux apprécièrent son intervention
Et les préparatifs de la guerre furent modifiés
selon ses recommandations.
Prêts à l’attaque, les oiseaux se mettraient en vol.
La prairie encore fumante, on la laisserait s’évaporer.
Comme signal de départ, on sonnerait le bourdon !

Les bourdons, quant à eux,
confiants en leur nombre impressionnant,
N’eurent nul besoin de s’organiser.
Ils se défendirent âprement
À coup de fléchettes empoisonnées.
L’ornithologie en prit un coup !
Les oiseaux sifflèrent la retraite.
On pansa les blessures :
Yeux crevés,
Dards dans les ailes,
Corps endoloris,
Têtes toutes piquées.
Toutefois, chez les bourdons,
Malgré la victoire, les pertes se révélaient élevées.
On ne dénombrait plus les disparus.

Quelque temps passa.
Burlu, le chef des bourdons, annonça par ses messagers
Son intention de parlementer.
Escorté par ses gardes, il se rendit au domaine des oiseaux.
Il fut hué par tous, comme il se doit.
Mais il proposa une concession sur une partie du champ.
La communauté plumée allait y réfléchir.
À la fin des négociations, par courtoisie,
Deux hirondelles accompagnèrent Burlu et les siens
À l’orée du bois.

Néanmoins, un regroupement de bourdons extrémistes
Tendirent une embuscade aux deux passereaux.
Un nuage noir d’insectes assaillit les deux frêles migratrices.
Peu de temps s’écoula avant qu’elles ne tombent sur le sol.

Dans la forêt, les oiseaux s’inquiétèrent.
On les attendit plusieurs jours.
Il devint clair que jamais on ne les reverrait.
Certains s’occupèrent des oisillons orphelins.
D’autres se mirent à la recherche des deux hirondelles.
Ils découvrirent le corps profané de leurs amies.
Instant d’extrême folie !
Les larmes coulaient de leurs petits yeux,
Comme une pluie grêleuse.

Le consensus des oiseaux attristés
décida de les venger.
Et de harceler sans répit Burlu et sa bande.
La corneille revint avec un corbeau
Qui suggéra d’attaquer en fin de journée
Quand la fatigue rendrait les bourdons plus vulnérables.
Les corvidés leur promirent qu’ils seraient d’arrière-garde
Si moindrement les oiseaux étaient perdants.

Les oiseaux se rendirent au champ, à l’improviste.
Ils surprirent les insectes fatigués.
On les attaqua férocement, animés par le même but.
Bien qu’essoufflés, les oiseaux raclèrent le champ entier.
Macabre spectacle, me direz-vous !

Ce soir-là, il y eut fête chez les gazouilleurs.

Chez les bourdons, seuls quelques-uns avaient survécu.
Leur avenir se révélait des plus précaire.
Tous leurs cocons étaient détruits.
Constatant l’ampleur du dégât,
Une terrible tristesse les envahit.
Dévalorisés, ils s’unirent dans un suicide collectif.
Morbide holocauste !

Lectrices, lecteurs,
Tentez de trouver des leçons à cette fable.

Pourquoi s’enlever la Vie ?
Suis-je las d’exister ?
Pourquoi ?
Ma souffrance me tenaille tellement
Qu’il faille tout quitter ?
Qui pourrait m’ouvrir sa porte ?
Qui pourrait m’aider ?
Qui pourrait m’apporter le remède à mes maux ?
Qui ?

Pourquoi notre suicide collectif ?
Quel berger amène le monde à cette confusion extrême ?
Lequel ?
Sommes-nous las d’exister ?
Le sommes-nous ?

Pourquoi la guerre ?
Pourquoi ?
Pourquoi des vainqueurs et pourquoi des vaincus ?
Pourquoi ?
Pourquoi pas la paix ?
Pourquoi pas ?








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